Frère Laurent de la Résurrection

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Description

Peut-on vivre les plus hauts états de la vie spirituelle dans les occupations les plus ordinaires ? Oui, en pratiquant l’exercice de la présence de Dieu. Tel est le message, apparemment simple mais exigeant et radical, de Laurent de la Résurrection (1694-1691). Ce frère convers fut successivement cuisinier puis savetier du couvent des carmes de la rue de Vaugirard (où fut édifié l’Institut catholique de Paris).

Il n’est pas à l’aise avec les méthodes spirituelles qu’on lui propose, lui qui n’est pas intellectuel. Alors il en expérimente une autre : l’exercice de la présence de Dieu, qu’il pratique en tout temps et en tout lieu. Un moyen simple mais qui le conduit vers les sommets de la vie mystique.
Et voici que d’éminents princes de l’Eglise viennent le voir. Des prêtres, religieuses ou femmes du monde prennent conseil auprès de lui.

Après sa mort, compromis par Fénelon dans la querelle du pur amour contre Bossuet, il fut oublié par l’Église catholique jusqu’au milieu du vingtième siècle. Mais il fut rapidement adopté par les courants protestants piétistes allemands, hollandais et anglais. Sa renommée traversa bientôt l’Atlantique. Aux États-Unis, Brother Lawrence ne cesse d’être réédité.

Figure singulière que ce Lorrain mystique qui, sans être canonisé ni même béatifié, est devenu un maître du Carmel, dans la lignée de Thérèse d’Avila et Jean de la Croix.  Son enseignement annonce à certains égards celui de Thérèse de Lisieux ou d’Élisabeth de la Trinité. Sans être canonisé, Laurent de la Résurrection est aujourd’hui considéré comme un grand maître spirituel du Carmel. Accessible et lumineuse, sa pratique inspire tous ceux qui cherchent Dieu dans la vie ordinaire. C’est ce destin étonnant que raconte aujourd’hui Denis Sureau.

Ce portrait littéraire très vivant est publié par Artège et disponible en librairie. Les oeuvres de Laurent de la Résurrection ont été rééditées, avec une introduction de Denis Sureau, sous le titre de Vivre la présence de Dieu.

La presse en parle

Famille chrétienne (n°2204 2205) consacre quatre pages et publie un entretien avec Denis Sureau :

Quelle est la force de la méthode spirituelle prônée par Laurent de la Résurrection ?

Denis SUREAU : Frère Laurent n’aimait pas les méthodes spirituelles, mais témoignait d’une pratique : l’exercice de la présence de Dieu. Sa force est de combiner simplicité et radicalité. Simplicité, parce qu’elle est à la portée de tous, manuels comme lui ou intellectuels, riches ou pauvres. Elle ne comporte pas, par exemple, les différents temps de la méthode ignacienne, excellente par ailleurs : premier prélude avec la composition de lieu, deuxième prélude, méditation en plusieurs points, colloque etc. Mais radicalité aussi, parce qu’elle suppose « une grande pureté de vie » et tend à réaliser que Dieu nous attend dans toutes nos activités.

Comment concilier activité intellectuelle et conversation continuelle ?

DS : Question difficile, que je pose régulièrement à mon père spi ! Il est vrai que les activités manuelles laissent davantage d’espace mental. La présence de Dieu dite « actuelle » est impossible lorsque l’esprit se concentre sur un sujet. On peut toutefois déjà faire un acte de retour à Dieu avant chaque activité intellectuelle prenante – ne serait-ce que pour demander les lumières du Saint-Esprit, et rectifier son intention –, s’interrompre pour de très brèves pauses de temps à autre, et remercier à la f

 

in. C’est ce que faisaient régulièrement les Frères des écoles chrétiennes dans leurs classes.

N’y a-t-il pas un risque de se passer de l’Église pour ne s’adresser qu’à Dieu directement ?

DS : Le propos de Frère Laurent n’était pas d’élaborer un traité complet de la vie spirituelle. S’il ne parle pas de l’Église, de l’eucharistie ou de la Vierge Marie, ce n’est pas parce qu’il n’y attache pas d’importance, mais parce qu’en tant que religieux appartenant à une communauté aussi exigeante que pouvaient l’être les carmes déchaussés, c’était une évidence, il n’en voyait pas la nécessité. Son biographe, l’abbé de Beaufort, rapporte qu’il passait de longs moments devant le Saint Sacrement et qu’il avait une grande dévotion envers la Sainte Vierge. Mais il est vrai qu’à l’intérieur de cette grande famille de Dieu, chacun est appelé à développer une relation intime avec Dieu, ce qui n’est pas exclusif d’une relation fraternelle.

Comment expliquez-vous que Laurent soit si peu connu des catholiques ?

DS : Si Frère Laurent est encore peu connu en France, ce n’est pas le cas dans le monde. Tapez « Brother Lawrence » dans un moteur de recherche, vous trouverez 165 millions de réponses, soit environ dix fois plus que pour sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus ! Cela vient de sa popularité en dehors de la catholicité. En France, il a été oublié pendant deux siècles et demi, ayant été entraîné bien malgré lui dans la condamnation de certaines thèses de Fénelon. Il a été aussi victime du climat rationaliste et cartésien qui a rendu l’Église de France longtemps peu favorable à la vie mystique. Les carmes tentent de le faire connaître à nouveau, et espèrent qu’il soit un jour vénéré sur les autels.

 

France catholique

Bonne Nouvelle (n°2020 03)

C’est une belle figure, trop peu connue, de la spiritualité française du 17e siècle que nous présente Denis Sureau. Laurent de la Ré sur rection (1614-1691), était un humble frère convers de l’ordre du Carmel. Affecté à la cuisine du couvent des Carmes de la rue de Vaugirard, à Paris, Laurent avait découvert le moyen de ne jamais perdre la présence de Dieu, même en tournant dans ses marmites. Son oeuvre écrite, modeste, L’expérience de la présence de Dieu, évoque ces élans du coeur, brefs mais intenses qui ont au – tant de poids que de longues heures d’oraison. Le livre que voici module avec talent les intuitions spirituelles de ce mystique de la vie quotidienne.

Monde et Vie (n°982)

Denis Sureau, vous venez de publier deux livres sur un illustre inconnu qui vivait au XVIIe siècle, un religieux carme, Frère Laurent de la Résurrection. Pourquoi ce choix ? Des raisons personnelles ? Une urgence ?

Illustre inconnu ? Pas tant que ça ! Si vous rentrez « Laurent de la Résurrection » dans un moteur de recherche, vous trouverez 2,3 millions de réponses, soit davantage que « Thérèse de Lisieux ». Pourquoi ? Parce que ce frère convers du Grand Siècle est connu dans tout le monde anglo-saxon et même au-delà. Il est traduit en bengali, coréen ou hébreu, entre autres… Mais ce n’est pas pour cette raison que j’ai écrit un récit biographique et réédité ses œuvres, c’est parce que sa spiritualité me touche personnellement. Je ne dirais pas – ce serait trop facile – que c’est une spiritualité pour les nuls, mais disons que l’exercice de la présence de Dieu qu’il recommande me semble adapté à tous les états de vie. En son temps, il l’avait proposée à des laïcs (et même un soldat) comme à des prêtres ou religieux.

Qui était frère Laurent ? Quelle a été sa vie ?

De son nom civil, Nicolas Herman (1614-1691) était un Lorrain, né près de Lunéville. A 18 ans, il reçoit une grâce : la vision d’un arbre noir qui refleurit lui donne un sentiment profond de la présence de Dieu dans notre monde. Il participe à l’effroyable guerre de Trente ans contre l’envahisseur français. Blessé, il retourne chez lui puis tente une expérience de vie érémitique auprès d’un « gentilhomme » épris de pauvreté évangélique. C’est un échec. Il monte à Paris, devient un laquais maladroit, « un gros lourdaud qui casse tout », selon ses propres dires. Puis il rejoint son oncle chez les carmes déchaux de Vaugirard (où se trouve l’église des Carmes et depuis la fin du XIXe siècle l’Institut catholique de Paris). Il devient un frère convers, c’est-à-dire non prêtre, priant en dehors des heures monastiques et voué à des travaux manuels : cuisinier pendant quinze ans puis savetier, comprenez cordonnier. Il traverse pendant dix ans une terrible nuit de la foi, d’où il ressort un jour brusquement en paix, ayant expérimenté la pratique de l’expérience de Dieu.

Pouvez-vous nous décrire la méthode spirituelle dont vous parlez ?

Sans être inculte, Laurent n’est pas un intellectuel. Les méthodes d’oraison enseignées lors de son noviciat étaient trop compliquées pour lui. Mais il a pris au sérieux l’appel de Jésus à prier sans cesse. « La pratique la plus sainte, la plus commune et la plus nécessaire en la vie spirituelle est la présence de Dieu, c’est de se plaire et de s’accoutumer en sa divine compagnie, parlant humblement et s’entretenant avec lui en tout temps, à tout moment, sans règle ni mesure, surtout dans le temps des tentations, des peines, des aridités, des dégoûts, et même des infidélités, et des péchés. » Parce que, quand on aime quelqu’un, on pense souvent à lui, les amoureux le savent bien. Quand on est en présence d’un ami, on n’agit pas comme s’il était ailleurs, on lui parle. Quand on aime Dieu, on pense à lui : c’est l’exercice de la présence de Dieu.

Dans toutes nos activités, ayons de brefs retours à Dieu, tout simples. Adorer Dieu par de brefs élans du cœur (« Mon Dieu, je vous aime »), de temps à autre faire des actes d’offrande et d’actions de grâce, demander son aide… La multiplication de ces actes fera de la présence de Dieu une union continuelle, et cela, précise Laurent, « doucement, humblement et amoureusement, sans se laisser aller à aucun trouble ou inquiétude ». C’est ce qu’il faisait en cuisant « sa petite omelette », comme il disait, ou en recousant les sandales de ses frères. Cependant, et c’est pour lui un préalable, cela suppose que l’on ait déjà une vie réglée, « une grande pureté de vie ». Et cet « exercice » demande de la persévérance. Pas de prise de tête, mais au départ une volonté ferme de plaire à Dieu, sans crispation orgueilleuse. Laurent sait que nous sommes faibles. Il faut simplement le reconnaître, puis s’abandonner à Dieu avec confiance.

Vous montrez bien dans votre livre que frère Laurent s’inscrit dans une école spirituelle plus vaste que sa personne, le Carmel : que peut-on apporter à Thérèse d’Avila ou à Jean de la Croix ?

En effet, Laurent de la Résurrection n’est pas une personnalité fantasque et solitaire. Il ne prétend d’ailleurs pas être original. Il veut faire profiter les autres de sa propre expérience, c’est tout. C’est un carme, imprégné de l’enseignement des grands réformateurs de son ordre, Thérèse d’Avila qu’on lit au réfectoire et Jean de la Croix que son confrère Cyprien de la Nativité est en train de traduire. Lorsqu’il tente de formaliser son expérience personnelle, il utilise leur vocabulaire. Il n’a pas inventé l’exercice de la présence de Dieu. C’était une pratique bien connue, et cela en dehors du Carmel. Je pense même qu’on la retrouve plus ou moins dans toutes les formes de spiritualité chrétienne. Prenez par exemple Dom Bélorgey, qui fut abbé de Cîteaux : dans son excellent petit livre Sous le regard de Dieu, il propose aux moines cisterciens d’organiser toute leur vie intérieure à partir de l’exercice de la présence de Dieu.

Qu’apporte de plus Laurent de la Résurrection ? Peut-être une radicalisation et simplification de cette pratique, ce qui la rend davantage accessible aux chrétiens vivant dans le monde. J’ajouterai qu’il peut aussi aider certaines âmes pieuses à ne pas confondre multiplication des dévotions et sainteté. L’important n’est pas de multiplier prières ou neuvaines, comme savent faire les « bigotes », c’est de découvrir Dieu au centre du centre de son âme.

On sait que Thérèse de l’Enfant Jésus ne connaissait pas l’existence de frère Laurent et de son œuvre. Pourtant quelle étrange ressemblance ! Qu’apporte à frère Laurent la sainte de Lisieux ?

Faire les choses ordinaires de manière extraordinaire, comme balayer ou faire la vaisselle, c’est commun à Laurent comme à Thérèse. Le carme de Vaugirard et la carmélite de Lisieux partagent aussi la même confiance dans la miséricorde de Dieu, et une foi vivante malgré les nuits et les épreuves. La « petite voie » de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus formule avec ses mots à elle, dans un contexte donné, ce que Laurent a vécu en son siècle. Je ne sais pas si Thérèse apporte quelque chose de plus. Elle peut toucher certaines âmes. Une autre grande sainte contemporaine de Thérèse pourrait être ici mentionnée : sainte Élisabeth de la Trinité. Si son message essentiel rejoint celui de Laurent, il comporte une dimension une touche plus théologique en insistant sur l’habitation de la Sainte Trinité dans les âmes.

Qui parle encore aujourd’hui de frère Laurent de la Résurrection ?

Laurent est bien connu des carmes, qui le considèrent comme l’un des grands maîtres spirituels. Mais, et c’est ce qui est le plus étonnant, il est aussi une référence dans les courants protestants soucieux d’élévation spirituelle. En effet, peu après sa mort, il a été traduit en allemand, néerlandais et anglais par des protestants dits piétistes. Le fondateur du méthodisme, John Wesley, l’a publié dans sa grande collection Christian library (bibliothèque chrétienne), et aux États-Unis Brother Lawrence est devenu un classique. Les éditions de ses écrits se comptent par dizaines, encore aujourd’hui. Aldous Huxley, auteur du célèbre roman dystopique Le Meilleur des mondes, a écrit dans son essai La Philosophie éternelle (1948) que Laurent « a connu une sorte de célébrité dans des milieux qui autrement restaient désintéressés à l’oraison silencieuse et aux exercices spirituels ».

Vous publiez chez Artège non seulement la biographie du Cordonnier de Dieu, mais ses œuvres complètes. Comment s’en servir ? Que contient ce deuxième livre ?

Les écrits de et sur Laurent, publiés en 1692 et 1694, n’ont été réédités en France qu’en 1948 à l’initiative d’un carme de haut vol, le Père François de Sainte-Marie, connu pour avoir restitué les manuscrits autobiographiques de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. De la plume de Laurent, nous avons seize lettres – des petits bijoux où l’on voit que notre carme cordonnier n’était pas dénué d’humour – ainsi que des Maximes spirituelles qui résument son enseignement. Sur Laurent, nous avons le témoignage fort précieux de l’abbé Joseph de Beaufort. Ce prélat qui fut vicaire général de Mgr Louis-Antoine de Noailles, évêque de Cahors puis de Châlons-en-Champagne avant de devenir archevêque de Paris, découvre alors qu’il est trentenaire l’étonnant frère convers lorsque ce dernier a déjà 52 ans. L’ecclésiastique promis à une brillante carrière a de nombreux entretiens avec Laurent et devient comme son disciple. Après chaque rencontre, il dresse de précieux comptes rendus. Pendant 25 ans, il le visite et recueille avec application tout ce qu’aujourd’hui nous pouvons connaître de lui.

J’ai donc publié dans la collection « Classiques de la Spiritualité » d’Artège Poche à la fois les écrits de Frère Laurent et ceux de l’abbé de Beaufort, à partir du texte des éditions originales. Ce petit livre pourra aider, j’en suis convaincu, tous ceux qui cherchent Dieu dans la vie ordinaire.

Nouvelle Revue Théologique

Isabelle Payen de la Garanderie o.v. dans NRT 142 / 3 (2020):

« Connaissez-vous Laurent de la Résurrection ? » C’est la question qui ouvre le livre, anecdote venant d’un dialogue entre Denis Sureau et son accompagnateur spirituel mais qui nous est également adressée : connaît-on, ou suffisamment, ce carme si simple du xviie s., successivement cuisinier puis cordonnier du couvent de la rue de Vaugirard ? Ceux qui le connaissent en conservent souvent une gratitude certaine quant à leur chemin spirituel ; quant aux autres, cet ouvrage se propose à raison de le leur faire découvrir.

Dans un style romancé n’excluant pas la subjectivité, l’A. campe d’abord le contexte historique puis le chemin sinueux du jeune homme qui le conduit enfin à entrer chez les Carmes déchaux comme convers à vingt-six ans. Ses notes d’alors sont déjà la marque de sa spiritualité, entière mais incroyablement confiante : « Je pris la résolution de me donner à Dieu en satisfaction de mes péchés et de renoncer pour son amour à tout ce qui n’était point lui » (p. 31). Très peu de temps après, il connaît une profonde nuit dans sa vie spirituelle : c’est après celle-ci, expérience fondatrice, qu’il développe ce qu’on pourrait appeler sa « spiritualité de la présence de Dieu » comme manière « de se plaire et s’accoutumer en sa divine compagnie, parlant humblement, et s’entretenant amoureusement avec lui, en tout temps, à tous moments » (p. 65). Il devient alors le confident, l’accompagnateur et l’ami de nombreuses personnes qui viennent s’entretenir avec lui de leur chemin spirituel. À tous, et jusqu’au dernier moment de sa vie, il réaffirme l’importance de la foi en cette présence, avec simplicité mais ténacité.

Cette biographie spirituelle savoureuse ne s’arrête cependant pas là mais comporte, en précieux compléments, une réflexion sur sa place dans la famille spirituelle du Carmel et s’ouvre également à sa réception en milieu protestant. S’il s’agit d’une bonne introduction à l’homme, l’on complètera utilement cette lecture par la découverte des rares écrits de cet homme lumineux. — I. Payen de La Garanderie o.v.

La Croix (20/02/2020)

Partant de sa propre inclination pour le carme, l’essayiste Denis Sureau la met en scène dans un récit personnel. (Il)  souligne une belle évidence en inscrivant Laurent de la Résurrection dans la filiation mystique carmélitaine : héritier de Jean de la Croix par l’intensité de sa perception de la création ; annonciateur de la petite voie de Thérèse de Lisieux et de l’habitation de l’âme par Dieu d’Élisabeth de la Trinité…

Et aussi : La Nef (n°322) –  Lecture et Tradition (n°107) – La Vie (n°3883) –