La charité dans la vérité

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Description

La charité dans la vérité (Caritas in veritate) est l’encyclique sociale de Benoît XVI. C’est un texte majeur qui propose une actualisation étonnante de la Doctrine sociale de l’Eglise. Théologien de grande envergure, Joseph Ratzinger devenu Benoît XVI ne pouvait se contenter de répéter ce que les pontifes antérieurs avaient exposé. Un principe anime l’ensemble du document. Refusant « le morcellement excessif du savoir » , Benoît XVI entend tout récapituler en une « synthèse directrice » (§ 31). Ce souci d’unité est fortement exprimé dès l’introduction. A rebours des modèles théologiques dualistes, il rappelle qu’il n’y pas pas de charité sans vérité, ni de vérité sans charité – ni de charité sans le Christ, sans le Fils du Dieu qui est amour. « La charité est la voie maîtresse de la doctrine sociale de l’Eglise. » (§ 2). Vivre la charité dans la vérité, affirme-t-il d’emblée, « conduit à comprendre que l’adhésion aux valeurs du Christianisme est un élément non seulement utile, mais indispensable pour l’édification d’une société bonne et d’un véritable développement humain intégral » (§ 4). L’annonce du Christ est le premier et le principal facteur de développement, comme disait Paul VI (§ 8).
Les sociologues parleraient ici d’intégralisme: non d’intégrisme, mais de souci d’intégration de la nature et de la grâce. La grâce n’est pas quelque chose de surajouté à la nature. La charité, explique Benoît XVI, « n’est pas une adjonction supplémentaire, comme un appendice au travail une fois achevé des diverses disciplines, mais au contraire elle dialogue avec elles du début à la fin » (§ 30). Pareillement, « il n’y a pas l’intelligence puis l’amour: il y a l’amour riche d’intelligence et l’intelligence pleine d’amour » (ib.) Quant à la justice, elle est intrinsèque, inséparable de la charité. La charité exige la justice mais la dépasse, la complète aussi, par le don et le pardon (§ 6).
C’est pourquoi, dans le cadre de cette grande synthèse chrétienne qu’un saint Augustin n’aurait pas renié, il convient de rappeler la nature intrinsèquement morale de l’économie : « la conviction de l’exigence d’autonomie de l’économie, qui ne doit pas tolérer « d’influences » de caractère moral, a conduit l’homme à abuser de l’instrument économique de façon destructrice » (§ 34). Or la sphèCaritas in veritatere économique n’est pas éthiquement neutre. Les relations économiques, précisément en tant que relations humaines, ont bien une consistance morale, si bien que « la justice se rapporte à toutes les phases de l’activité économique » (§ 37). Il n’y a pas d’abord des relations et ensuite un jugement moral. Ici Benoît XVI récuse le libéralisme sans pourtant jamais le nommer (pas plus qu’il ne nomme d’ailleurs le capitalisme, le socialisme ou le communisme). Le marché doit être soumis aux principes de la justice commutative, distributive et sociale. Plus encore, le principe de gratuité et la logique du don « peuvent et doivent trouver leur place à l’intérieur de l’activité économique normale » (§ 36).
On trouvera une illustration de cette approche dans l’évaluation de la « finance éthique », en particulier à travers l’investissement socialement responsable ou le le microcrédit. Ces expériences louables et qu’il faut encourager sont aussi parfois détournées et demeurent insuffisantes car il faut que « toute l’économie et toute la finance soient éthiques et le soient non à cause d’un étiquetage extérieur, mais à cause d’exigences intrinsèques à leur nature même » (§ 31).
Le Pape encourage au passage les initiatives prises par les catholiques. Il cite « l’économie de communion » (inventée par les Focolari) et a peut-être en tête les coopératives nées de Communion et libération lorsqu’il évoque « les organisation productrices qui poursuivent des buts mutualistes et sociaux » (§ 38).
L’esprit d’unité qui inspire Benoît XVI se retrouve dans le rapprochement qu’il opère entre éthique de la vie et éthique sociale, rappelant que Paul VI, le Pape de Populorum progressio, fut aussi celui d’Humanae Vitae (§ 15). Le respect de la vie ne peut être disjoint des questions relatives au développement (§ 28) ou à la défense de la nature (l’« écologie humaine » rejette l’écologie dite profonde visée aux § 14 et 48). Rappel utile, complété par une dénonciation des campagnes pour la contraception et l’avortement.
Par sa tonalité spécifique, par son enracinement théologique et par son souffle spirituel, Caritas in veritate marquera une date dans l’histoire de la doctrine sociale de l’Eglise.
Denis Sureau